«Selon le RESEN, 70% des dépenses de l’éducation sont à charge des ménages»

Le financement de l’éducation est un sérieux problème en République démocratique du Congo. L’Etat s’étant montré défaillant dans le secteur, plus de 70% des dépenses de l’éducation sont à charge des ménages congolais, ont démontré des études menées dans le cadre du RESN 2014 (Rapport sur l’état du système éducatif congolais publié par la Banque mondiale).

Ce sont les parents qui financent le système éducatif congolais. Ils interviennent dans la paie des
salaires des enseignants (motivation) et dans les évaluations (frais Tenafep, examen d’Etat). Et pourtant,
il existe des lignes budgétaires qui prennent en charge le Tenafep et l’examen d’Etat. C’est dire que sans
les parents, l’école congolaise cesserait de fonctionner depuis longtemps », regrette Jean-Bosco Puna,
le secrétaire général du Syndicat national des enseignants des écoles catholiques (SYNECAT).

Sur ce point, les syndicats interpellent l’autorité publique, notamment le gouvernement, pour que la question de l’éducation soit placée en ordre utile lors des discussions sur les priorités de la nation. «Un
peuple qui ne garantit pas une éducation de qualité à sa jeunesse condamne son avenir. C’est dire que
la RDC est en train de compliquer son développement avec ce sous-enseignement que l’école congolaise
assure à sa jeunesse, car les produits du système éducatif congolaisne seront pas compétitifs demain»,
déplore Jean-Bosco Puna. «Ce sont de grands défis que nous devons relever en tant que peuple
pour que, demain, nous ayons une éducation de qualité à assurer à nos enfants. Sinon, ce sont tous les voisins
qui vont nous dominer, surtout qu’en ce moment, ils sont en train d’assurer une éducation compétitive
à leur jeunesse», ajoute le secrétaire général du Synecat. Il incombe donc aux syndicats de pousser le Gouvernement à assumer ses responsabilités régaliennes, fait remarquer un parent.

Quand la prise en charge suscite convoitise

«La prise en charge des enseignants par les parents d’élèves est quand même une innovation pédagogique initiée pour des raisons de conjoncture . Malheureusement, il n’a pas été bien mené. Après 23 ans, le système s’est révélé nocif. Tout le monde le décrie, mais personne ne décide de l’éradiquer. Beaucoup d’acteurs se sucrent derrière le système, notamment les gestionnaires», constate Jean-Pierre Kimbuya, secrétaire général du Syndicat des enseignants du Congo (SYECO). «Le malheur dans ce jeu, poursuit-il,
c’est l’enseignant, la pièce maîtresse du système. Il n’en tire pas profit, bien qu’il soit pris dans ce piège, parce que l’enseignant croit que l’Etat n’a pas de moyen pour améliorer ses conditions socioprofessionnelles.
Il s’accroche à ce système qui commence bien au 1er trimestre et se grippe par la suite. Au bout du compte, on aboutit à des évaluations qui sont biaisées, notamment avec la pédagogie financière, et les élèves qui passent de classe avedes lacunes importantes jusqu’à décrocher le diplôme. Conséquence: chaque année, on déverse sur le
marché des produits inutiles».

«La prise en charge, une corruption canalisée »

La prise en charge est une espèce de corruption canalisée à l’endroit de tout le personnel du système éducatif, constate le secrétaire général du Syeco alors que Jean-Bosco Puna estime que c’est une véritable escroquerie sociale. A l’origine du système se trouve le réseau d’enseignement catholique.
La mesure portant instauration de la motivation était un palliatif pour répondre au déficit de l’Etat à
prendre en charge l’éducation et les années blanches. Aujourd’hui, tout le monde a pris goût, s’engraissant la patte sur le dos de l’enseignant, des parents et de l’élève. Il existe à Kinshasa une quotité que l’hôtel de ville prélève sur la motivation versée par les élèves, dénommée «frais Kimbuta». Même l’Eglise qui devait compatir au malheur des parents accompagne l’Etat dans sa démission.

Mettre un terme à la prise en charge.

Au niveau de l’Eglise catholique, on a créé un fonds de solidarité alimenté par 20% des frais prélevés sur le minerval de chaque élève de ce réseau d’enseignement. De son côté, l’Eglise protestante prélève 10% de « frais scolaris» sur le minerval de chaque élève. Les syndicats mènent des actions de
plaidoyer en vue de la suppression de ces frais. La Synergie des syndicats de l’éducation, dont le Synecat est membre, a adressé une lettre ouverte aux évêques pour les amener à comprendre qu’ils doivent se ranger du côté des pauvres parents pour mettre fin à un système qui fait le malheur des populations meurtries de la RDC. Pour mettre fin à la prise en charge, le Syeco propose que soit instaurée la transparence dans la gestion du budget, de manière à ce que soit clairement élucider la question de la redistribution des richesses nationales entre citoyens. Le Synecat souhaite que soit organisée une table ronde qui réunirait tous les partenaires éducatifs et, dans un élan de solidarité et patriotique, que tous décident de conjurer ce système qui produit beaucoup d’effets négatifs. «C’est une volonté politique qui doit être insufflée au niveau du gouvernement. Il faut que le chef de l’Etat s’engage, en tant que garant de la nation, à impliquer son gouvernement sur la voie de la suppressionde ce système diabolique»,
précise Jean-Bosco Puna.

Mobilisation des ressourcespro-éducation

S’agissant de la taille de la population en dehors du système éducatif,le dernier rapport indique que ce sont plus de 7 millions d’enfants en âge de scolarité qui n’ont pas accès à l’école à cause de ce système. De cette façon, conclut Kimbuya, «c’est comme si l’éducation devient la pépinière pour grossir l’armée d’enfants dans la rue». Comme solution, le Syeco suggère au gouvernement de vite réfléchir
sur la question, «car il faut redouter que ces jeunes dans la rue n’acn’accèdent aux charges publiques. Pour
ce, faire, on doit vite penser à leur réintégration sociale, dans un système de rattrapage scolaire organisé
notamment par le ministère des Affaires sociales». Pour mobiliser des ressources additionnelles
en faveur de l’éducation, les syndicats pensent que le Gouvernement doit arrêter la corruption, le
coulage des recettes au niveau des régies financières et faire en sorte que tout l’argent généré par les taxes et redevances atterrisse dans les caisses de l’Etat. «La bataille de toutes les organisations
de promotion du droit à l’éducation, c’est de relever le budget du secteur à au moins 25%, la moyenne
des pays de l’Afrique subsaharienne étant située à 20%. Il faut une mobilisation accrue des ressources en
interne, avant de compter sur l’aide extérieure, notamment avec le Programme intérimaire de l’éducation
(PIE), qui a mobilisé 100 millions USD il y a quelque temps. Dans le cadre de la Stratégie 2017-2020,
cette assistance sera portée à 200 millions USD. L’aide extérieure est une bonne chose, mais il faut savoir pérenniser les effets produits par les dons antérieurs. Sinon, c’est la marche à reculons de la société»,
conclut Jean-Pierre Kimbuya.

Augustin KINIENZI
EDUCATION POUR TOUS/Magazine n°001 Février-Avril 2017

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